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La vie est une rive où l’eau en contrebas coule sans arrêt. Nous nous y abreuvons sans toujours savoir y lire, comme dans un miroir, tout ce que la rivière a vu passer. Tous ceux qui avant nous ont cheminé le long de ces rivages ployant sous le labeur ou bien sous le malheur.
Nous avons oublié les conseils de prudence, avides de courir dans le souffle du vent. Et pourtant, notre propre aventure à elle seule est une nouvelle histoire que la rivière chuchote au gré des saisons. Nos joies succèdent aux larmes et parfois même s’y mêlent, traçant l’expérience unique qui nous permet de deviner certains chemins qui nous accompagnent, de pressentir là où nos pas seront les plus utiles. Et même si parfois nous nous sommes perdus dans les dédales de notre propre labyrinthe, les lieux magiques où nous avons su trouver du sens, les relations uniques où nous avons pu nous épanouir, compensent toutes les pertes, tous les regrets, toutes les fautes de notre périple.
Il existe des temps où la plume est un oiseau lyre, qui court et vole sur la page pour être à lire. Et puis des temps d’attente ou de repos où les mots ne viennent plus car on a simplement su déposer les maux au creux d’une ronde en regardant l’intensité du bleu du ciel au dessus des toits, face au respectueux silence d’amis éphémères ou à retrouver. Etre entendu permet de se taire et de mieux dire tout en sachant mieux écouter avec moins de douleur.
Il existe des instants de créativité à retisser à petits points, à petites touches de couleurs sur le papier, avec un peu d’eau de la rivière ou du grand fleuve qui à merveille cheminera jusqu’à l’horizon. Je rêve d’un long moment de soleil où les pas tracent les allées d’un jardin entre les choux et les pois de senteurs, et cette ombre fraîche qui suit la chaleur, juste pour déposer le pinceau lentement ou ne rien faire, et goûter ce moment.
Les mauvais rêves comme les bons sont parfois les prémisses de ce qui vient, alors laissons notre âme y croire quand ils sont doux et se déposent entre la rivière et les sables qui la bordent. Les sédiments qui les composent recèlent parfois de trésors que nous avons encore à découvrir.
Feuillêtre (juin 09)
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