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AUTOMNE


Un doudou oublié quelque part, un chagrin perdu dans un jardin, un coeur qui rouille, une âme d'enfant qui se perd.

                                                     
                       

Samedi 20 juin 2009 6 20 /06 /Juin /2009 21:12



Dans de nombreuses gravures chinoises à l’encre, le dessin se cale dans un angle ou dans la moitié de la page. Il reste toute une partie blanche et vide qui ouvre la porte du néant ou de l’imaginaire, suivant le regard  que l’on y pose. Une sorte de  voie des possibles ou du rêve. Dans tous les cas c’est un espace de lumière extraordinaire qui laisse une part de sobriété de modestie et de mystère.

 

Au cours d’une séance de méditation  certains sont partisans de laisser venir et passer la multitude des pensées ou des monstres qui nous envahissent, tels que les mauvais souvenirs, les drames, les stress, les pertes, les inquiétudes, les peurs etc.…D’autres se focalisent sur le souffle ou un mantra pour éviter les multiples pensées. Le but n’est-il pas d’atteindre un espace de vide et de liberté ou seule existe la présence et la respiration ?

 

Au cours de mes nuits de veille, vers 4 ou 5 heures du matin,  dans la pénombre et le silence, dans ce vide de la nuit qui n’est plus ni le soir ni encore l’aube, je suis souvent étonnée d’avoir à ce moment là des idées nouvelles ou des projets qui naissent. Un poème peut éclore, ou ce sentiment diffus que quelque part au creux de ce jour qui n’est pas encore levé, dans cet espace, ce silence et ce temps vide où rien ne semble s’émouvoir, quelque chose s’annonce, un chemin ou une joie impalpable qui laissera place à une opportunité ou un élan.

 

Quand j’étais enceinte, les dernières semaines d’attente qui me laissaient lasse et alitée la moitié du temps, me donnaient ce goût du vide. Tout était prêt pour l’arrivée de l’enfant, mais je n’étais plus bonne à rien qu’à attendre : pleine, mais vide en même temps. Je n’étais même plus apte à sortir toute seule, ni même sortable d’ailleurs tant l’enfant pompait mon énergie! Je restais des heures couchée devant une fenêtre ouverte à respirer très profondément pour apporter de l’oxygène pour deux. Mes activités étaient très réduites. Je m’ennuyais mais n’étais pas triste. Une sorte d’espace se tissait, sans action, sans plaisir, sans projet possible pour l’instant, comme pour laisser toute la place à l’enfant dans le changement à venir et dans son pouvoir de créer de la vie, de l’action et de l’énergie. Certaines femmes cependant ne se sentent remplies de vie et heureuses que lorsqu’elles attendent un enfant ou lorsqu’elles ont un tout petit à garder dans leur giron. Moi j’éprouvais plutôt le sens de la vie plein de promesses que lorsque mon corps au prix d’une souffrance qui ne ressemble à aucune autre, avait réussi à sortir cet enfant potelé, braillard et avide, apte à devenir autonome.

Le vide alors ressenti était le plein.

 

La maladie est  aussi cette attente. Espoir d’aller mieux, écoute attentive de son corps à la fois plein de quelque chose qui n’a pu se dire (« mal-à-dire » comme dirait Jacques Salomé), et de tant de mots pour tenter de remplir un espace impalpable où l’on regarde la lumière par la fenêtre. L’énergie s’est perdue, comme ça, en  si peu de temps, l’envie s’est ternie, le quotidien s’est vidé des responsabilités, du travail, de l’activité habituelle, et même des pensées et des projets.

 Il paraît que l’enfance avec tous ses petits et grands maux divers et variés, ne permet de mûrir qu’à travers cette expérience de la souffrance, comme s’il fallait en passer par là pour comprendre la vie. Le rire,  le jeu,  l’envie, la faim et les courses folles dans le vent ne sont plus que souvenirs flous dans ce malaise et cette vilaine température qui laisse l’enfant inerte et vide. Un jour mon fils de 4 ans  très mal en point m’a demandé : « Est-ce que je vais mourir ? ». Je crois que passer ces crises, la vie prenait pour lui peu à peu d’autres couleurs et qu’il devenait d’un coup beaucoup plus grand et peut-être même plus heureux. J’ai souvenir aussi de ces maladies infantiles que l’on a pratiquement éradiquées de nos jours, et que j’ai traversées, comme la coqueluche, la rubéole, la rougeole ou les oreillons. Chaque enfant qui en sortait indemne, après des jours mornes, condamné au lit, vidé de son énergie, avait en quelque sorte subi  une initiation, et en renaissait rempli de quelque chose qui lui permettait de mieux grandir et de mieux comprendre le sens de sa propre vie.

 

Peut-être pourrions-nous percevoir chaque perte, chaque souffrance, ou chaque état d’absence, d’ennui, d’isolement ou d’attente comme un vide utile et incontournable. Sans doute n’est -il pas à combler, mais à laisser comme une ouverture , une opportunité, une espérance, un espace possible de lumière où il nous est possible de cheminer entre la nuit et le jour, entre la peur et l’effritement de l’angoisse, entre la solitude et les pas vers les autres, entre le silence et l’écho, entre l’angoisse et la sérénité, entre la non-naissance et l’éveil, entre la mort et la continuité de la vie.

 

 

Catherine Lalla

Par Feuillêtre - Publié dans : pensées du jour - Communauté : zen-attitude
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