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Vue du
col d'Aspin, en bas sur la droite le petit village d'Arreau
La vie est une rive où l’eau en contrebas coule sans arrêt. Nous nous y abreuvons sans toujours savoir y lire, comme dans un miroir, tout ce que la rivière a vu passer. Tous ceux qui avant nous ont cheminé le long de ces rivages ployant sous le labeur ou bien sous le malheur.
Nous avons oublié les conseils de prudence, avides de courir dans le souffle du vent. Et pourtant, notre propre aventure à elle seule est une nouvelle histoire que la rivière chuchote au gré des saisons. Nos joies succèdent aux larmes et parfois même s’y mêlent, traçant l’expérience unique qui nous permet de deviner certains chemins qui nous accompagnent, de pressentir là où nos pas seront les plus utiles. Et même si parfois nous nous sommes perdus dans les dédales de notre propre labyrinthe, les lieux magiques où nous avons su trouver du sens, les relations uniques où nous avons pu nous épanouir, compensent toutes les pertes, tous les regrets, toutes les fautes de notre périple.
Il existe des temps où la plume est un oiseau lyre, qui court et vole sur la page pour être à lire. Et puis des temps d’attente ou de repos où les mots ne viennent plus car on a simplement su déposer les maux au creux d’une ronde en regardant l’intensité du bleu du ciel au dessus des toits, face au respectueux silence d’amis éphémères ou à retrouver. Etre entendu permet de se taire et de mieux dire tout en sachant mieux écouter avec moins de douleur.
Il existe des instants de créativité à retisser à petits points, à petites touches de couleurs sur le papier, avec un peu d’eau de la rivière ou du grand fleuve qui à merveille cheminera jusqu’à l’horizon. Je rêve d’un long moment de soleil où les pas tracent les allées d’un jardin entre les choux et les pois de senteurs, et cette ombre fraîche qui suit la chaleur, juste pour déposer le pinceau lentement ou ne rien faire, et goûter ce moment.
Les mauvais rêves comme les bons sont parfois les prémisses de ce qui vient, alors laissons notre âme y croire quand ils sont doux et se déposent entre la rivière et les sables qui la bordent. Les sédiments qui les composent recèlent parfois de trésors que nous avons encore à découvrir.
Feuillêtre (juin 09)
Dans de nombreuses gravures chinoises à l’encre, le dessin se cale dans un angle ou dans la moitié de la page. Il reste toute une partie blanche et vide qui ouvre la porte du néant ou de l’imaginaire, suivant le regard que l’on y pose. Une sorte de voie des possibles ou du rêve. Dans tous les cas c’est un espace de lumière extraordinaire qui laisse une part de sobriété de modestie et de mystère.
Au cours d’une séance de méditation certains sont partisans de laisser venir et passer la multitude des pensées ou des monstres qui nous envahissent, tels que les mauvais souvenirs, les drames, les stress, les pertes, les inquiétudes, les peurs etc.…D’autres se focalisent sur le souffle ou un mantra pour éviter les multiples pensées. Le but n’est-il pas d’atteindre un espace de vide et de liberté ou seule existe la présence et la respiration ?
Au cours de mes nuits de veille, vers 4 ou 5 heures du matin, dans la pénombre et le silence, dans ce vide de la nuit qui n’est plus ni le soir ni encore l’aube, je suis souvent étonnée d’avoir à ce moment là des idées nouvelles ou des projets qui naissent. Un poème peut éclore, ou ce sentiment diffus que quelque part au creux de ce jour qui n’est pas encore levé, dans cet espace, ce silence et ce temps vide où rien ne semble s’émouvoir, quelque chose s’annonce, un chemin ou une joie impalpable qui laissera place à une opportunité ou un élan.
Quand j’étais enceinte, les dernières semaines d’attente qui me laissaient lasse et alitée la moitié du temps, me donnaient ce goût du vide. Tout était prêt pour l’arrivée de l’enfant, mais je n’étais plus bonne à rien qu’à attendre : pleine, mais vide en même temps. Je n’étais même plus apte à sortir toute seule, ni même sortable d’ailleurs tant l’enfant pompait mon énergie! Je restais des heures couchée devant une fenêtre ouverte à respirer très profondément pour apporter de l’oxygène pour deux. Mes activités étaient très réduites. Je m’ennuyais mais n’étais pas triste. Une sorte d’espace se tissait, sans action, sans plaisir, sans projet possible pour l’instant, comme pour laisser toute la place à l’enfant dans le changement à venir et dans son pouvoir de créer de la vie, de l’action et de l’énergie. Certaines femmes cependant ne se sentent remplies de vie et heureuses que lorsqu’elles attendent un enfant ou lorsqu’elles ont un tout petit à garder dans leur giron. Moi j’éprouvais plutôt le sens de la vie plein de promesses que lorsque mon corps au prix d’une souffrance qui ne ressemble à aucune autre, avait réussi à sortir cet enfant potelé, braillard et avide, apte à devenir autonome.
Le vide alors ressenti était le plein.
La maladie est aussi cette attente. Espoir d’aller mieux, écoute attentive de son corps à la fois plein de quelque chose qui n’a pu se dire (« mal-à-dire » comme dirait Jacques Salomé), et de tant de mots pour tenter de remplir un espace impalpable où l’on regarde la lumière par la fenêtre. L’énergie s’est perdue, comme ça, en si peu de temps, l’envie s’est ternie, le quotidien s’est vidé des responsabilités, du travail, de l’activité habituelle, et même des pensées et des projets.
Il paraît que l’enfance avec tous ses petits et grands maux divers et variés, ne permet de mûrir qu’à travers cette expérience de la souffrance, comme s’il fallait en passer par là pour comprendre la vie. Le rire, le jeu, l’envie, la faim et les courses folles dans le vent ne sont plus que souvenirs flous dans ce malaise et cette vilaine température qui laisse l’enfant inerte et vide. Un jour mon fils de 4 ans très mal en point m’a demandé : « Est-ce que je vais mourir ? ». Je crois que passer ces crises, la vie prenait pour lui peu à peu d’autres couleurs et qu’il devenait d’un coup beaucoup plus grand et peut-être même plus heureux. J’ai souvenir aussi de ces maladies infantiles que l’on a pratiquement éradiquées de nos jours, et que j’ai traversées, comme la coqueluche, la rubéole, la rougeole ou les oreillons. Chaque enfant qui en sortait indemne, après des jours mornes, condamné au lit, vidé de son énergie, avait en quelque sorte subi une initiation, et en renaissait rempli de quelque chose qui lui permettait de mieux grandir et de mieux comprendre le sens de sa propre vie.
Peut-être pourrions-nous percevoir chaque perte, chaque souffrance, ou chaque état d’absence, d’ennui, d’isolement ou d’attente comme un vide utile et incontournable. Sans doute n’est -il pas à combler, mais à laisser comme une ouverture , une opportunité, une espérance, un espace possible de lumière où il nous est possible de cheminer entre la nuit et le jour, entre la peur et l’effritement de l’angoisse, entre la solitude et les pas vers les autres, entre le silence et l’écho, entre l’angoisse et la sérénité, entre la non-naissance et l’éveil, entre la mort et la continuité de la vie.
Catherine Lalla
Terre Mélodie
Ce n’est pas un hasard si toutes les religions sont nées dans un jardin… Nous avons perdu l’esprit, nous avons oublié notre lien à la terre. (Philippe Desbrosses)
Le vent souffle des brins de mots
Le ciel a levé ses chagrins et déposé sa plume
Sur l’ombre douce des jardins et des animaux
Les oiseaux secrets dans la brume
Etirent les rayons discrets du soleil.
Ecoutons l’onde subtile et colorée des bois
Quand s’écoule des parfums dorés de miel
Les êtres vivants ne sont plus aux abois
Car l’esprit chante un air de fête
Depuis que le printemps comme un été dessine
Des arbres, des fleurs et des bêtes
Des paysages aux splendeurs assassines.
Je fais provision de messages
Entre les feuilles et les bourgeons
Je cueille la vie au passage
De ces grands chemins où les joncs
Font des vagues avec le grand âge
Des rochers et des coquillages.
La saison est une promesse
Où les idées se mêlent à la terre
La douceur une allégresse
Où l’on apprend à se taire
A écouter l’esprit du vent
De l’air, des bois et du mystère.
Rien ne sera plus comme avant
Depuis que j’entends chanter le temps
Je ne saurais répéter ses paroles
Elles se faufilent sur l’étang
En une longue parabole
Qui passe, se pose et se détend
Jusqu’au plus lointain horizon
Il me dit de semer sans cesse
Des grains de poèmes de fleurs à foison
Que m’importe ce que je laisse
Aux creux des larmes et des maux
J’entends l’esprit du cosmos
De la terre et de l’univers
Qui chuchote dans l’osmose
Le chant le rêve et la prière.
Feuillêtre
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